Chapitre Remixé!
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C'était malgré lui, il ne pouvait se retenir de montrer son mécontentement.
De quel droit elle se permettait de lui froncer les sourcils? Après tout ce n'était pas lui qui avait loué cette vieille bagnole qui sentait la transpiration et le chien mouillé. Alors, se plaindre, il en avait parfaitement le droit!
Après un dernier regard furibond à sa mère, il se laissa aller contre le dossier de la banquette arrière et observa la route avec dédain attendant "patiemment" que le temps passe.
Ces routes, ce paysage il les connaissait par coeur : tous les ans, avec sa mère et son beau-père ils allaient rendre visite à sa grand-mère. Elle avait emménagé en Espagne après avoir gagner au loto en 1997. Il l'aimait énormément et avait toujours hâte de la voir. D'ailleurs, le peu de patience dont il faisait preuve était souvent mis à mal à cause de la distance entre l'aéroport et sa maison.
Encore une fois, il ne put s'empêcher de soupirer.
Sa grand-mère et lui étaient très complices, ce qui comblait totalement Simone, sa mère. Quand ils devaient repartir en Allemagne, les larmes coulaient inévitablement. Il aurait aimé la voir plus souvent mais son emploi du temps ne le lui permettait pas : il alternait tout juste études et mannequinât. Sa mère, directrice de l'agence, planifiait absolument tout pour lui. Un évènement imprévu et tout basculait. L'année scolaire suivante serait sûrement pire côté organisation : il entrerait dans une école d'art. Son plus grand rêve.
Rien que d'y penser il avait un sourire niais scotché au visage.
Dans le domaine artistique, Bill ne s'imaginait pas autre part que devant un micro. Étant déjà très connu en Allemagne, sa mère était persuadé que son fils chéri réussirait dans la musique. Mais Bill ne recherchait pas davantage de célébrité. Son look androgyne et gothique, son regard hautain et charbonneux, sa prestance et sa silhouette fine recouvraient la plupart des pancartes de grandes villes ou des posters dans les chambres d'ados. Son originalité avait fait de lui la personne la plus convoitée du pays.
Mais lui, il voulait juste chanter. Point. Rien de plus. Rien de moins.
La voiture s'arrêta à un feu rouge. A sa gauche, il remarqua un taxi garé devant une épicerie. Bill plissa un peu plus les yeux pour mieux voir puis il éclata de rire : un garçon d'une vingtaine d'années aux longs cheveux châtain dansait la tecktonik sur la banquette arrière, d'une manière complètement déjantée. Il gesticulait dans tous les sens, faisant bouger la voiture sous son poids. Le brun comprit que quelqu'un était à côté du pseudo danseur lorsqu'une voix lança :
_Georg pitié arrête! Tu vas casser la bagnole si tu continues!! Après le chauffeur va nous virer et on sera dans la merde!
Bill s'arrêta net. Tiens? C'était donc des allemands? Quelle coïncidence! Quoique, en cette période de vacances, ce n'est pas si surprenant, se dit-il. Il jeta à nouveau un coup d'oeil au taxi. Son fou rire lui revint aussi vite qu'il était parti.
_ Roh ça va! J'y peux rien moi si j'adore trop cette chanson!
Bill rigolait toujours plus fort, incapable de se retenir. Le Georg en question se stoppa non pas sans une mine boudeuse et sans que le brun le voit venir, il tourna la tête vers le mannequin qui cessa aussitôt de se marrer... Laissant juste une larme de rire s'écouler silencieusement sur sa joue. Le châtain lui fit un clin d'oeil puis recommença son cirque : danser. Bill pouffa de rire et tomba à la renverse sur la banquette arrière. "Mon fils est atteint", pensa sa mère. Feu vert.
Tout le reste du trajet, il s'ennuya comme pas possible... encore.
Ils avaient roulé toute la journée. Et la petite diva (alias Bill) était exténuée. Il soufflait constamment et grognait contre la vitre. Gordon, son beau-père, se retenait à grand peine de lever les yeux au ciel. Sinon c'était le poteau assuré.
Au moment où Simone envisageait très sérieusement un rouleau de scotch pour unique solution, Bill releva soudainement la tête : ils étaient presque arrivés. La voiture s'engagea dans une petite allée caillouteuse puis une grande maison couleur crème apparut au fond de l'impasse. Imposante, c'était plus une villa entourée d'une muraille de briques plutôt qu'une grande maison, avec un immense jardin où on ne comptait plus les différentes variétés de plantes, une piscine énorme, une cabane surélevée dans un arbre, un garage et tout le tintouin.
Une petite dame d'une soixantaine d'années leur faisait des signes devant son portail.
_ Holaaaaaa! Mamiiiiiiiiiie!, cria Bill en sortant précipitamment de cette cage puante sur roues pour rejoindre sa grand-mère, Katja.
_ Hallo mon petit Bill! Je suis tellement contente de te revoir, dit-elle en le serrant dans ses bras. Mais tu as encore grandi ma parole!
Chaque été, elle hallucinait en constatant qu'il grandissait encore et encore. Il devait bien avoir une fin à sa croissance non?
_ Et ouais! J'y peux rien! Et puis...
Il se coupa et inspira profondément. Il connaissait cette odeur.
_ Ne me dis pas que tu as fait LE gâteau!, reprit-il en la regardant avec des yeux ronds.
_ Mais si. Mais si., répondit-elle d'un air malicieux.
Sans un mot de plus, le brun courut dans la maison allant directement dans la cuisine pour mettre la main sur cette merveille culinaire.
_ Non merci Bill! J'arriverai à porter les bagages tout seul! Arrête d'insister comme ça voyons!, ironisa son beau-père.
_ Oh Gordon! Laisse-le!, souffla Simone.
_ Paresseux un jour, paresseux toujours, dit Katja à son beau-fils en riant.
_ Je pense qu'il va falloir que je m'y fasse, en effet, acquiesça t-il en levant les yeux au ciel.
La soirée se passa calmement. Après avoir ranger leurs bagages, ils dînèrent copieusement en discutant de leur vie en Allemagne, de la future école de Bill ou encore de la prochaine réunion de famille prévue pour après-demain. Bill grimaça : ses cousins allaient lui coller aux basques, comme à peu près chaque été. Non pas qu'ils ne soient pas adorables mais ce n'était pas toujours évident.
Mais bon, il s'y ferait.
La tempête de sable approchait de plus en plus mais il était accroché à ce matelas de malheur. Un instant... Un matelas dans le désert? Ça n'a pas de sens!, pensa Bill. Mais ce n'était pas le moment de se poser ce genre de question existentielle. La tempête approchait, il ne pouvait pas bouger et pour couronner le tout il suait comme un porc. La chaleur était insoutenable. La tempête n'était plus qu'à deux mètres...
Il se réveilla en sursaut dans un petit cri aigu.
Son souffle était saccadé. Il passa machinalement une main dans ses cheveux :
_ Bizarre ce rêve..., dit-il d'une voix pâteuse.
Il regarda le réveil sur sa table de chevet : elle indiquait 11h32.
_ Il est encore tôt! Mais bon il fait tellement chaud que j'arriverais jamais à me rendormir.
Ce rêve dont le sens lui échappait totalement avait été à coup sûr sa plus grande aventure ce jour-là. En effet, le reste de la journée se passa tranquillement pour le brun. Il alla au marché avec sa grand-mère, crama des poissons panés pour le déjeuner, aida Gordon à repeindre le garage et regarda même un feuilleton télévisé complètement cul-cul la praline -mais jamais au grand jamais il n'avouerait à qui que ce soit qu'il avait eu les larmes aux yeux lorsque Alejandro avait pris la décision stupide de quitter Estela pour Avril.
Il redécouvrait les joies de la vie sans stress. Il avait hâte d'être à la retraite pour pouvoir flâner comme il le faisait ce jour-là -il avait toujours eu une longueur d'avance côté maturité. Il en profitait puisqu'il savait que demain serait une journée plus mouvementée à cause des mioches qui lui servaient de cousins.
Jouer à la nounou n'était pas son activité préférée.
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